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« Laisse-moi, laisse-moi le regarder encore un peu », avec Brume du Matin

Vol d'Oiseau
Jeune recrue
Puf/Surnom Puf/Surnom : Loupiot, Lou
Messages Messages : 15

Le personnage
Sexe du perso: Mâle
Âge du perso: 22 lunes
Mentor / apprenti :
Vol d'Oiseau
 Lun 27 Déc 2021 - 0:51
     L’œil est rond, d'un jaune piquant, la pupille de taille moyenne s'étend en un cercle parfait.
     Le cou jusqu'alors caché, caché à l'intérieur même du corps, se met à se mouvoir ; il se déploie, si long, si haut.
     Bien droit, le bec est orange et pointu ; le port de tête se manifeste tel un noble lointain, à tout jamais solitaire.
     Les plumes prennent la couleur d'une cendre sèche, se reposant après l'incendie, et c'est un fusain qui a glissé par-dessus ses yeux, jusqu'aux plumes à l'arrière de sa tête.

     La saison est aux frissons, pourtant tu as chaud sous ton doux manteau.

     *

     Tu secoues ton pelage froissé par le berceau de la nuit et frissonnes lorsque tes coussinets se pressent tout contre la terre gelée. L'aurore est invisible, cachée par un tableau grisâtre de nuages, chargés comme s'ils portaient le poids de tout un monde sur leurs grasses épaules. Les yeux grands ouverts, piqués dans le ciel, tu n'entends rien d'autres que les respirations ténues des chats encore endormis.

« - Vers où cours-tu ainsi, de si bon matin ?
- Il va neiger. »

     Elle te regarde avec son habituelle grimace, que tu as pu tant de fois observer. Mais toi, tu es déjà parti.

     *

     La neige tout doucement commence à tomber, dans cette forêt silencieuse que tu connais par cœur. Ton pelage lentement s’épaissit pour lutter contre les froidures qui arrivent. Tu sens le sol se ramollir, tes grandes pattes bientôt s'humecteront de l'humus fluide qui borde la rivière. En attendant, tu sens déjà le froid s'insinuer jusqu'à tes os pleins, ton museau rose fait fondre la neige sur lequel elle se jette ; mais ton esprit n'a que faire de ses informations. Ici ; tu es ici pour chasser. Nourrir ton clan qui aura besoin de forces pour affronter cette saison gelée, contrer les maladies qui sans tendresse s'insinueront dans leurs gueules. Le butin précieux ; tu flaires son odeur, observe ses empruntes délicates glissées dans la poudreuse. Si jeune et déjà si rapide, Vol d'Oiseau. D'un regard enfin, entre deux racines tu le vois, l'ample gestuelle te guide en silence vers une lueur aussi floue que claire ; ton croc s'y plante, et la vie file dans le sang qui tâche de rouge le blanc si pur.
     Un mouvement, une histoire, une caresse ; tu t'es tellement entraîné à les repérer que tu t'étonnes de pas avoir senti sa présence plus tôt. Le cœur bat, quand sa plume tu aperçois échouer sous tes yeux ébahis, et soudain l'ouïe te reviens. La battement de ses ailes qui s'éloignent, songe lointain et oublié, un poème de l'enfance appris par cœur.
     L'épervier.
     Cette odeur, tu la reconnaîtrais entre mille.

« - Attends, attends-moi... »

     Ta proie gît maintenant seule, se couvrant petit à petit de l'enchanteresse poudreuse. Vol d'Oiseau tu cours, à en perdre haleine, tu cours comme si les monstres te poursuivaient, le nez en l'air tu tentes de le voir. Juste une fois.
     Les arbres disparaissent, laissent place aux rochers du soleil et à la musique grondante de la rivière. Et cette ombre que tu poursuivais s'enfuit dans le lointain, celui que tu ne pourras jamais atteindre ; le ciel. Tes fortes émotions redescendent, tu devrais t'en retourner chercher l'estimable loir que tu as tué mais tu sais déjà que tu n'en feras rien. Incapable de détourner les yeux de la brume qui a dévoré l'ombre de ton enfance.

     Un bruit te sort de ta langueur, tout droit venu de la rivière, à quelques pas devant toi. Tu penses d'abord à un poisson, mais finalement tes yeux percent la brume et la neige qui tombent de plus en plus fort. Tous les poils de ton corps se hérissent, et tu as juste le temps de réagir avant que son regard se tourne dans ta direction ; d'un bond tu t'éteins derrière un rocher.
     Les yeux grands ouverts, tu l'observes longuement. « Ainsi donc c'est ici qui tu voulais m'amener... ».
     C'est la première fois que tu vois cet animal qui habituellement préfère les étendus d'eaux plus larges. Le héron cendré. Jamais tu ne t'imaginais avoir une telle chance, ton cœur bat à nouveau si fort. C'est une incroyable découverte que de trouver telle bête en ces lieux. Vol d'Oiseau ton regard se perd entièrement dans son corps et son être. Tu analyses ses moindres mouvements ; de sa démarche à sa façon de plonger son bec dans l'eau pour pêcher le poisson. Dans un coin de ton esprits tu stockes, tu avales, toutes les informations qui sous tes yeux déroulent leur pellicule que tu ne peux ignorer.
     Lentement, d'un geste sur et assuré, tu t'avances en dehors de ta cachette alors qu'il te tournes le dos. Ses grandes pattes le sortent de l'eau, le long du bord il chemine à contre courant, les yeux braqués sous la surface de l'eau agitée. Sans le quitter un instant, tu t'éloignes le plus possible pour ne pas l’effrayer. Tu dois le voir de plus près.
     Sans peur tu sautes dans l'eau. Un instant tu es surpris par la force du courant, mais Vol d'Oiseau ton obsession est plus forte encore. D'abord tes oreilles puis ta tête entière ; tu perces la surface, tu t'assures qu'il ne s'est pas enfuis d'un regard, et battant de toutes tes forces tu traverses l'étendue d'eau gelée.
     Enfin Vol d'Oiseau, enfin. Tu ne prends même pas la peine de t'ébrouer ; parmi les roseaux, tu rattrapes la distance qui te sépares de ton sujet d'étude. Un geste de tête et tu te tapis contre le sol. Tu ne ressens mêmes pas la boue qui coule contre ton ventre, le long de tes pattes, qui s'insinue entre tes coussinets. Tu ne ressens ni le froid mordant qui colle ton pelage contre ton corps si mince, ni la neige qui dans tes yeux rougis vient faire son nid. Le héron continues son chemin tant et si bien que tu commences à distinguer au loin le tumulte de la cascade. Il faut que tu sois plus proche, avant qu'il ne s'en aille, il te faut d'autres détails, encore. Encore, et encore.
     À quelques longueurs de queue tu repères finalement une cachette parfaite, un large rocher niché dans l'eau, là où tu auras pied. Un regard sur le héron te permet de constater qu'il ne te verra pas t'y glisser. Seulement, c'est maintenant où jamais.
     Tu bondis avec toute ton assurance, priant pour que le bruit ne l'alerte pas. Doucement, tu te redresses pour observer le pêcheur marchant en silence, il est si proche.
Tu as réussis, tu as réussis et tu ne t'empêches pas de sourire.
Brume du Matin
Jeune recrue
Puf/Surnom Puf/Surnom : Watiti
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Le personnage
Sexe du perso: Mâle
Âge du perso: 63 lunes
Mentor / apprenti :
Brume du Matin
 Ven 14 Jan 2022 - 21:59
Je grattais le sol froid et nu de mes griffes, tandis que mon ventre gargouillait. Je me léchais le flanc en soupirant, espérant ainsi calmer mon estomac. La rivière était gelée depuis quelques jours, il n’était plus possible de pêcher. Même si la glace était fine, l’eau était trop froid pour risquer de se tremper les coussinets. L’air plus chaud que ces derniers jours promettaient peut être un redoux aujourd’hui. Mais mon souffle formait toujours des panaches blanc tandis que je me levais pour prendre la tête de la patrouille de l’aube. Le soleil s’était à peine levé, le ciel commençait à peine à s’éclaircir. Je ne perdis pas de temps à l’admirer. D’un geste autoritaire, je sortis du camp avec les deux guerriers choisis et leurs apprentis.

Je voulais refaire le marquage près de la rivière, avant que les chats du Clan du Tonnerre se réveillent et patrouillent sur leur rive. La moindre rencontre pouvait créer des tensions, et ce n’était pas le moment. J’en profiterai également pour voir l’état de la rivière. Les patrouilles de chasse pourraient se transformer en patrouilles de pêche et remplir nos estomacs.
Surpris, je découvrais que la rivière s’écoulait à nouveau. Un des guerriers s’approcha de la rive et trempa sa patte. L’eau était un peu froide, mais ça ira. J’ordonnais à l’un des apprentis de galoper jusqu’au camp prévenir les patrouilles de chasseur d’aller pêcher à la place. Cela me mettait de bonne humeur, l’idée de rentrer et de trouver un tas de poisson rempli près de la souche.

En progressant sur la rive pour la marquer, je surpris un bruissement des roseaux irrégulier. Pas le vent. Je m’approchais. Je sentais l’odeur d’un guerrier du Clan du Tonnerre, qui venait des roseaux ! Ils se seraient mouillés les pattes par ce temps ? Pourtant, en collant ma truffe aux plantes, je percevais bien nettement l’odeur d’un mâle. Très récente, il venait de passer. Grondant, je ne pris pas la peine de me cacher ou d’aller prévenir le reste de la patrouille.

Je gardais la rive en vue, tout en restant sur les terres spongieuses. Avec encore plus d’étonnement, je vis un bout de fourrure blanche au milieu de la rivière. Le guerrier du Clan du Tonnerre ? Je clignais des yeux en découvrant un chat dans la rivière, les pattes dans l’eau, qui se cachait. Il me tournait le dos.

Sans me gêner, j’écrasais les roseaux en feulant :

« Que fais-tu ici, sur notre territoire ? »
Vol d'Oiseau
Jeune recrue
Puf/Surnom Puf/Surnom : Loupiot, Lou
Messages Messages : 15

Le personnage
Sexe du perso: Mâle
Âge du perso: 22 lunes
Mentor / apprenti :
Vol d'Oiseau
 Sam 15 Jan 2022 - 14:01
     Tes yeux sont grands ouverts, tu n'entends rien d'autres que la silencieuse descente des flocons qui sur la surface de l'eau se laissent happer. À une longueur de queue à peine, l'oiseau se dresse sans se douter un instant de ta présence. Tes oreilles dressées bien haut, pour capter le moindre changement sonore du sujet, et ton regard s'y glissant à peine, juste au-dessus de ta cachette ; tu es prêt, à graver dans ta tête le comportement du héron cendré, tu réfléchis à toute allure.
     Le sujet possède sa propre position de chasse, relative à sa morphologie. Il est haut sur ses pattes, le cou bien dressé. Pour chasser il devient parfaitement immobile, sans un frisson dans l'eau gelée. On remarque que seul l’œil esquisse un mouvement, son cou est légèrement sous tension. Il chasse le poisson, profitant du léger redoux qui a permit à la glace de disparaître. Tu te demandes quelles sont ses proies, lorsque la mauvaise saison est mordante avec les corps, avec la faim.
     D'un mouvement rapide, impitoyable, les muscles du cou se tendent et le bec perce la surface de l'eau d'un bruit sec. Et lorsqu'il ressort, tu aperçois un bien gras poisson, dont tu ne connais nullement le nom, planté au centre par l'arme pointue. Le héron cendré le relâche un instant dans les airs, pour l'attraper en vol et l'avaler tout rond. Tes oreilles tiquent. Il semblerait que, comme nombreuses de tes observations sur différents sujets, cette espèce d'oiseau non plus ne croque pas ses proies. Donc, statistiquement parlant, aucun oiseau ne posséderait pas de dents ? Cette donnée sera à vérifier au fur et à mesure de tes avancées, mais elle apparaît de plus en plus claire et arrêtée.
     Tu te concentres à nouveau, roulant légèrement tes épaules pour être bien installé. Le héron replonge son bec dans l'eau, et…

« - Que fais-tu ici, sur notre territoire ? »

     Le grondement de gorge puissant résonne le long de la rivière, entre les roseaux, rebondissant sur les rochers ; sur les vagues de l'eau il glisse des ondes rondes, s'arrêtant aux pattes du héron. « Oh non.... Non, non ! »
     Vol d'Oiseau, ton silence jusqu'alors parfait est interrompu par ton léger cri de détresse, et par le claquement soudain du grand cendré et de ses ailes immenses. Il hurle le cri d'alerte spécifique à de nombreuses espèces d'oiseau, et le voilà qui s'éloigne au-dessus de la rivière. Tes pattes posées sur le rocher qui t'avait si bien caché, tu te retournes maintenant vers celui qui a fait fuir le magnifique spécimen.

« - Pourquoi as-tu fais ça ? Qu'est-ce que ça t'as apporté, de faire fuir mon sujet ? »

     L'indignation se glisse en toi, mais surtout la frustration : cette chance que tu as saisis ne se représentera peut-être plus jamais. Tu observes le fauteur de trouble, de tes yeux tristes et rageurs et tout à coup tu le reconnais. Les odeurs te viennent, frappantes, et dans ton regard se glisse maintenant la surprise et l'incompréhension. Brume du Matin, lieutenant du Clan de la Rivière. Vol d'Oiseau tu prends quelques secondes. Tes yeux se perdent dans le paysage alentours : tu n'es plus chez toi, ton clan est sur l'autre rive. « Cette erreur ne restera pas impunie... ».

     Vol d'Oiseau tu te décides enfin ; les oreilles dressées vers le ciel tu le vois encore. Tenter le tout pour le tout. Alors tu t'élances, sans demander ton reste, suivant l'oiseau qui s'éloigne le long de la rivière.
     Tu l'entends galoper derrière toi. Mais tu es plus rapide, Vol d'Oiseau, tu sais que le lieutenant ne te rattrapera pas. Pas tout de suite. Pas encore. Tu comptes sur tes prodigieux sauts, passant de rochers en rochers, pour ne pas t'embourber dans la terre molle que la rivière lèche de ses vaguelettes. Tu l'entends, et il se rapproche en grondant, tu sens presque l'odeur du sang qui se mélange. Bientôt, tu ne veux pas.
     Étrangement, les bruits de cavale se taisent, écrasés par le bouillonnement de la cascade. Tu cours encore, comme au ralenti, les yeux rivés sur l'oiseau qui passe au-dessus des chutes. Tes yeux sont trempés, par les flocons qui n'ont cessé de t'aveugler, par les larmes de frustration qui se cristallisent dans le sel. Il disparaît alors, Vol d'Oiseau, bien trop loin de toi.
     Vol d'Oiseau tu n'as pas le temps de t'apitoyer sur cet échec cuisant que Brume du Matin est là, juste derrière toi. Tu te retournes vivement, prêt à lui expliquer, car il ne te reste rien d'autre à faire : plaider pour ta cause.

« - Brume du Matin, écoute-moi, je n'essayais pas de... »

     Ta phrase est coupée, soufflée, écrasée en plein envol ; tes pattes arrières, trop proches du vide, glissent sur la neige. Un morceau de roche se brise, tu n'as pas le temps de te rattraper. Vol d'Oiseau tu sombres, et l'eau refermes ses mâchoires gelées sur ta nuque.




Brume du Matin
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Puf/Surnom Puf/Surnom : Watiti
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Le personnage
Sexe du perso: Mâle
Âge du perso: 63 lunes
Mentor / apprenti :
Brume du Matin
 Lun 24 Jan 2022 - 21:50
Je me raidis en entendant un cri et je vis un oiseau des rivières s’envoler avec un battement d’aile furieux. Je m’aplatis au sol. Ce genre d’oiseaux n’étaient pas forcément dangereux, mais leurs becs crochus et leurs pattes pouvaient infliger des blessures redoutables.

Une fois l’oiseau éloigné, je me retournais vers l’intrus. Dressé sur son rocher, il semblait en colère.

« - Pourquoi as-tu fais ça ? Qu'est-ce que ça t'as apporté, de faire fuir mon sujet ? »

Pendant un instant, je fus presque choqué par son attitude. Seul, sur mon territoire, face à moi, qui n’avait pas une bonne réputation. N’importe quel guerrier, voire apprenti, saurait que ce n’est pas vraiment le moment de se montrer agressif. En plus, je ne comprenais pas ce qu’il me disait. Son sujet ?

Je grondais, mais tout d’un coup, le matou s’éloigna, galopa le long de la rivière. Je dressais les oreilles, seul mouvement de ces quelques instants. Cette fuite avait été tellement...soudaine. Est-ce que ce cœur de souris avait peur de m’affronter ? Dans ce cas, où allait-il ? Je l’aurai laissé retraverser la rivière, si il l’avait fait d’ici.

Sa queue disparaissait dans les roseaux tandis que je partais le rattraper à toute allure. Il sautait de rocher en rocher, sans glisser une seule fois, tandis que je restais sur la rive. J’avais trop peur de glisser d’une des pierres, aveuglé par l’idée de rattraper mon poursuivant.

La météo s’invita dans la course poursuite. La neige commençait à tomber, remplaçant celle de la veille. Tout en courant derrière lui, je me posais des questions sur cette intrusion étrange. Où allait-il, vers la frontière avec le Clan du Vent ? Mais à ce rythme, il allait se jeter de la falaise ! A réfléchir autant, je n’étais plus aussi concentré sur mes pattes. Le matou du Clan du Tonnerre me distançait, il était revenu sur la rive, plus praticable. Je plongeais mes griffes dans la terre spongieuse dans un dernier effort.

Le chat gris et blanc s’arrêta non loin de la frontière, la tête rivée vers le ciel nuageux. Le souffle court, je m’approchais doucement. Il ne pouvait plus m’échapper désormais. Il se retourna vers moi.

« - Brume du Matin, écoute-moi, je n'essayais pas de... »

Avant même le début de sa phrase, lorsque le chat ouvrit la gueule, j’entendis un craquement, par dessus le bruit de la cascade. Je bondis vers lui, mais je ne fus pas assez rapide. Je vis son corps dégringoler et tomber dans l’eau. Pétrifié, je le vis être emporté par la rivière. Je soupirais, et je repris ma course, gardant la rive à l’œil. Je savais que la falaise allait s’affaisser, et le courant ralentir, surtout après les jours de gel. Je pourrai rattraper le chat et sauter dans l’eau. A condition qu’il survive jusque là.

« Tiens bon, j’arrive ! »

Je ne savais pas si il m’écoutait, si il m’entendait. Simple boule de fourrure dans l’eau. N’hésitant plus, je fis une dernière accélération avant de foncer dans la rivière. Le froid m’enroula d’un seul coup, s’infiltra dans ma fourrure. Je pensais que j’allais couler, mais mon museau restait en dehors de l’eau. Coup de patte après coup de patte, je progressais vers le milieu de la rivière jusqu’à être percuté violemment par une masse. Je me renversais sur le flanc, mais je ne plongeais pas tout à fait. Plongeant mes crocs, je sentis la fourrure trempée et l’odeur du Clan du Tonnerre. Je fis demi tour et je traînais le corps inerte, alourdi par l’eau. Je ne voyais plus où est ce que je me dirigeais. Je priais le Clan des Étoiles de me guider vers la bonne rive.

Mes coussinets heurtèrent du gravier. Je tombais, trébuchant sur le corps du guerrier. Poussant sur mes pattes, je m’efforçais de remonter jusqu’au bouquet de fougère, mais je n’en eus pas la force. Lâchant la fourrure, je tombais moi aussi sur le flanc, respirant frénétiquement.
Vol d'Oiseau
Jeune recrue
Puf/Surnom Puf/Surnom : Loupiot, Lou
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Le personnage
Sexe du perso: Mâle
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Vol d'Oiseau
 Sam 29 Jan 2022 - 19:36
     Les images se succèdent, tu n'entends rien d'autre que le bruissement sourd d'une multitude de sons glissant à tes oreilles, à la manière de l'eau qui pénètre tout. Une brume chaude enveloppe ton corps, ta vision, jusqu'à éteindre, enfin, les images qui te leurraient. Lentement, tu marches droit devant toi, d'un pas assuré. Comme une ombre blanche tu apparais, seul, unique créature de ce monde étrange. Tu aimerais parler, pour toi-même ou pour les autres, mais aucune vibration ne fait mine de sortir de ta gorge. Pourtant, tu ressens le raclement des cordes vocales, caractéristique de la parole, seulement ; ton miaulement est happé par le brouillard, il te vole tout, jusqu'à la vision de tes pattes.

     Vol d'Oiseau, il te semble avoir marché pendant des heures. Jusqu'à ce que, petit à petit, la brume se disloque tout autours de toi. De plus en plus rapidement, elle laisse bientôt place à une nuit profonde, sans repères. Tu te tournes en tous sens, cherchant un endroit ou poser tes yeux épuisés. Tout à coup, juste ici, un petit peu plus loin, une chose mystérieuse se met à luire. Puis à cracher une lumière aveuglante, irréelle.
     Tu t'élances vers elle, le noir prend forme et t'englobe. Plus fluide encore que l'eau il t'empêche d'être attiré vers ce sol que tu n'aperçois plus, et cette lumière qui gonfle tellement que tu ne peux plus garder les yeux grands ouverts. Tu es tellement proche, Vol d'Oiseau, tu peux maintenant entendre battre son cœur ; il résonne dans ce micro-univers, un nouveau-né de lumière, plus brillant encore qu'une étoile.
     Et le voici enfin, juste entre tes pattes. Tu approches ton museau pour examiner cette forme, imperceptible tant la lumière est forte. Elle te brûle les yeux, tes larmes ne suffiront bientôt plus à te protéger d'une telle agression. Tu tends ta pattes, qui place une ombre sur ton regard. Il s'écarquille et pour la première fois ta voix retentis, emplis de détresse :

« - Maman... ? »

     La petite créature qui ressemble à ta mère hurle soudainement, tellement, tellement fort qu'elle vient brûler tes tympans, plus fort encore que la lumière qu'elle dégage. Et qui s’éteint, tandis que le cri se module, il change de forme alors que tu recules sous la terreur. Un craquement affreux émane du petit corps, qui grandit, qui grandit, qui grandit. Une ombre visqueuse te domine de sa hauteur, des plumes se dessinent et le bec crochu s'ouvre en grand : l'aigle royal fond sur toi, tandis que son hurlement enlace ton cœur d'une morsure froide.




     Tes yeux s'ouvrent sur le monde, tu te réveilles en sursaut alors que ton corps commence à recracher l'eau qu'il gardait en son sein. Pris de panique, tu te relèves d'un geste brusque, guettant autours de toi l'ombre de l'aigle. Vol d'Oiseau tu tournes ta tête de tous les côtés ; la neige tombe en silence sur un sol blanc, les roseaux ploient docilement sous la caresse du vent et, derrière toi, l'eau vient lécher les gravillons gelés. Tu soupires, ta queue retombe faiblement. Ça n'était qu'un nouveau mauvais rêve.
     Soudain, tu entends une respiration sifflante à tes côtés. Tu reconnais Brume du Matin, et alors que tes pattes flageolantes s'approchent de lui, tu es frappé par de frais souvenirs. Il y a quelques instants, des minutes entières ou peut-être des heures, tu étudiais un spécimen de héron cendré, avant d'être découverts par le lieutenant que tu as ignoré pour rattraper l'oiseau, avant de tomber de la falaise jusqu'à l'eau mordante. Réfléchissant à tout allure, tu comprends rapidement qu'il a risqué sa vie pour sauver la tienne.
     Vol d'Oiseau tes yeux se voilent de tristesse ; « Est-ce que, vraiment, tout cela en valait la peine ? ». Et tu es pris d'une affection infinie pour le lieutenant, que tu secoues le plus vigoureusement possible. Tes forces t'ont depuis longtemps abandonnées, ton pelage colle à ta peau, te gelant un peu plus à chaque instant ; tu ne parviens qu'à triturer sa fourrure. Ta voix est brisée, si étiolée que tu doutes qu'il puisse t'entendre.

« - Brume du Matin... ? … Tu m'entends ? Réveille-toi ! »

Brume du Matin
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Sexe du perso: Mâle
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Brume du Matin
 Dim 13 Fév 2022 - 20:16
Je sentais la neige me recouvrir, chaque flocon toucher mon poil mouillé. Malgré tout, le flocon fondait sur mon pelage trempé, ne parvenant pas à former une couverture. Je grelottais, les poumons en feu. Mes yeux se fermaient.

Pourtant je me retrouvais encore sous la neige. Une neige qui tombait drue. Je ne voyais pas à 3 longueurs de queue autour de moi. Et le peu que je voyais, je ne le reconnaissais pas. Pourtant, l’odeur du Clan de la Rivière flottait autour de moi. Etait-ce ma propre odeur qui se diffusait ? J’étais sur mes pattes, mais je n’avais pas la sensation de sentir le sol. Je voyais des ombres, des formes de chat au delà de mon champ de vision. Curieux, je marchais vers elles. 3 chats, mais l’un se distinguait très nettement, en avant plan. Étoile des Songes. De stupeur, je m’arrêtais. Mais avant même que je puisse dire ou faire quoique ce soit, je le vis s’éloigner, sans se retourner, sans bouger les pattes.

« Non, ne pars pas ! »

Je m’élançais. L’énergie irriguait mes pattes. J’avais l’impression de prendre de la vitesse. Je ne voyais plus autour de moi, tout avançait trop vite. Juste l’image d’Étoile des Songes, le visage triste, devant moi.

Un léger contact sur ma fourrure interrompit cette course. Il fut léger, une patte me caressant l’épaule, mais cela suffit à m’immobiliser. Je ralentis, alors que je ne voulais pas. Mes membres se replantèrent dans le sol. J’entendis comme un miaulement. Quelque chose de ténu. Étoile des Songes ? Je n’arrivais pas à saisir les paroles. La fatigue me faisait tourner la tête, planait sur ma nuque. J’avais le tournis. Même si je voulais rester ici, retrouver mon frère, mes yeux se fermèrent.

Difficilement, j’ouvris les paupières à nouveau. Le Soleil m’éblouit, ce qui me fit plisser les yeux. J’entendis l’écoulement de la rivière, et je me fis la réflexion qu’elle était déjà dégelé. Alors que je me croyais seul, j’entendis un miaulement rauque.

« - Brume du Matin... ? … Tu m'entends ? Réveille-toi ! »

Je tournais la tête vers la voix, et je revis Vol d’Oiseau, le pelage plaqué sur son flanc, lui donnait un air chétif. L’eau dégoulinant de ses moustaches lui donnait un air misérable. Puis, je me rappelais que j’avais sauté à l’eau, que je l’avais porté, ramené à la berge. J’essayais de redresser la tête, mais je n’y parvins pas. Je sentis le contact froid sur ma nuque, ma queue tressaillit. Ouvrant la gueule, je parvins à articuler avec peine.

« Il faut...s’abriter...se réchauffer. »

Mes muscles me tiraient affreusement. Je me sentais à peine en force de me mettre debout, comment allais-je rejoindre le camp ? Et Vol d’Oiseau ? Il ne pourrait jamais retraverser la rivière seul, après cet incident. Et je refusais de l’y emmener moi même.
Vol d'Oiseau
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Sexe du perso: Mâle
Âge du perso: 22 lunes
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Vol d'Oiseau
 Mer 23 Fév 2022 - 23:12
« - Brume du Matin... ? … Tu m'entends ? Réveille-toi ! »

     Il s'agit d'une ombre, peut-être soudaine, passant et raclant sur la moelle de tes os. L'immensité de l'eau t'as percé tout entier et tu ne peux empêcher l'épuisement morbide d'y entrer, de s'y figer, de grignoter. En dehors de toi, le fluide moite s'accroche de toutes ses forces, mais enfin, tout un chacun comprendrait l'imminence de ce glissement. « Ô tendre ami, je me suis perdu à jamais, cette fois-ci je risquerai bien de tendre mon œil vers l'antre de l'Au-Delà... Jusqu'à ce que mon pelage, de rouge soit teinté. ».

     Tes grands yeux semblent couler, s'étioler, disparaître. Tu disparais Vol d'Oiseau, lentement, ta flamme s'éteint, tendrement. L'espace d'un instant, tu laisses ton regard se fixer sur tes pattes. Elles te semblent lointaines, perdues au bord de l'eau, caressées par la neige, détruites par les songes ; bien trop loin des mots. Tu ne ressens plus rien, et pourtant tu sais que tu contractes tes muscles ; vite, il faut laisser l'électricité circuler par-delà tes veines encore mouvantes, le suc pulse encore en toi tu l'entends. Tu te dis que, peut-être, ils te manqueront.
     L'ouïe hurle : « Je n'entends rien ! Je n'entends rien ! ». Pathétique sans aucun doute, et que voilà le romantisme inachevé de ta mère, poétesse assise sur une roche qui plus jamais n'évoquera de mots. Les mots, les mots, eux aussi assis, sur un fil rouge et noueux s'étendant jusqu'aux extrémités vêtues d'or de [l'arbre monde].

« -
« [Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu’il voit
Ce qu’il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu’il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé] »
1
Ce n'est pas moi, mon bel oiseau. Celui-là c'est ton père qui me l'a appris, ton père qui voit tout ; mon [Rodrigue] sa [Chimène]2. »

    Elle te regarde, elle, tandis que tu ne vois presque rien. Il faisait chaud ce jour là, tes souvenirs se mélangent et craquellent, vibration lointaine d'une époque à jamais percée par les serres et, aujourd'hui, noyée par l'épuisement du corps. Ah, tu y es presque Vol d'Oiseau, il s'agit de fermer tes yeux.

« - Il faut...s’abriter...se réchauffer. »

     Tu as la sensation d'avoir attendu pendant si longtemps. Cela a peut-être duré très longtemps. Vol d'Oiseau l'abstraction de l'écoulement est telle une évidence en cet instant hors du monde.
     Mais cette fois-ci tu entends quelque chose, à nouveau. Sa voix est ici, très proche de toi, toi à la vision vaporeuse ; oui, s'abriter. Bien sur, Brume du Matin, tu t'en souviens à présent, et que voilà le sang brûlant qui fait sa route de tes veines et de tes poils, irrigant tes pattes et le sol. Tes membres bougent sans même que tu ne leur demandes ; tu n'as pas conscience d'être dans un état second, Vol d'Oiseau.
     Tu ouvres grand la gueule, tu sais qu'il est ici car, même si tes yeux te font défaut, ton flair reste vaillant. Avec tes dernières forces, tu saisis le cou du lieutenant qui ta vie à sauver. « Oui, oui je suis en vie, non pas à jamais mais il existe encore un temps où le lierre grimpera le long des parois, j'ai encore tant à accomplir, je ne permettrais pas cette précoce disparition ; regarde, regarde comme mes muscles se tendent, regarde comme je tire avec tout ce qu'il me reste, regarde comme j'avale la distance. Regarde comme je suis en vie et comme tu es morte. ».
     Vol d'Oiseau il t'est difficile d'évaluer ton environnement, mais tu peux sentir les branches abîmées, gelées et soutenant la neige, d'un saule pleurant les beaux jours d'autrefois. Tout contre ses racines tu le laisses tomber, tu presses Brume du Matin au tronc. Enfin, tu te laisses aller au sol, forçant sur tes yeux. Tout doucement, le brouillard de l'évanouissement s'éteint, et tu parviens à voir le lieutenant face à toi.


Spoiler:
Brume du Matin
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Le personnage
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Brume du Matin
 Mar 22 Mar 2022 - 22:03
Je sentis des crocs s’enfoncer doucement dans ma nuque, et mes coussinets ne plus sentir le sol. Vol d’Oiseau titubait ainsi, en essayant de me faire avancer, alors que lui avançait à grand peine. Il ne savait même pas où il allait. Il essayait simplement de rentrer dans les terres, de s’éloigner de l’eau. Je ne pouvais protester, mes pattes se trouvaient soulagées, et cela me permettait de reprendre mes esprits, lentement.

Mais Vol d’Oiseau ne tint pas très longtemps non plus, surtout avec ma charge. Bientôt, il vint s’échouer au pied d’un saule pleureur couvert de neige. Il ne me lâcha pas jusqu’au dernier moment. Je tombais moi aussi sur les racines, adoucies par la poudreuse. Je regardais autour de moi. Ce saule n’était pas si loin du camp. Je m’étonne même qu’une patrouille ne nous ait pas encore croisé ! D’un autre coté, tant mieux. Qu’auraient-ils pensé, à me voir me faire traîner piteusement par un guerrier du Clan du Tonnerre. Une brise fraîche, glaciale, gelée, souffla sur la pointe de mes oreilles. Ma fourrure s’ébouriffa tant qu’elle pouvait. L’eau avait déjà bien coulé sur la fourrure et commençait à sécher. Mais Vol d’Oiseau semblait encore plus maigre qu’avant.

Il me fixait avec un regard clair. Il ne semblait pas trop atteint. Je vis une tâche rougeâtre sur sa nuque. Peut être du sang séché. Les pierres pouvaient être tranchantes. Sa blessure devait le mordre avec ce froid. Nous n’étions plus si loin du camp. Là bas, nous nous reposerons au chaud.

Je me mis sur mes pattes, de manière un peu plus vigoureuse qu’avant. Elles parvinrent à me tenir debout cette fois. Je vins près du matou, l’encourageant du bout du museau.

« Appuie toi sur mon épaule. Nous ne sommes plus si loin du camp. Là bas, nous serons au chaud. »

Je le laissais s’appuyer sur mon épaule tandis que je pris le chemin du camp, les yeux mi clos, de manière saccadée.
En arrivant devant l’entrée du camp, je marquais un arrêt. Dans les roseaux, dissimulé, se cachait une petite boule de poil, dont le nez rose louvoyait entre les tiges. Il était bien trop proche de l’eau à mon goût, pour sa propre sécurité. Je miaulais.

« Petit Héron ! Que fais-tu ici ? Rentre tout de suite au camp ! Et va chercher Rêve de Pluie ! »

Je vis ses yeux écarquillés, puis il détala. Cela me laisserait assez de temps pour convaincre Vol d’Oiseau. Il fallait traverser un mince filet d’eau. L’eau montait à peine à mi patte, mais accepterait-il de mettre la patte dans l’eau à nouveau ?

L’air déterminé, sans hésiter, je posais un coussinet dans l’eau, sur le lit de galets.
Vol d'Oiseau
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Vol d'Oiseau
 Sam 14 Mai 2022 - 17:19
« - Appuie toi sur mon épaule. Nous ne sommes plus si loin du camp. Là bas, nous serons au chaud. »

     Tu t'exécutes sans piper le moindre mot à ton compagnon d'infortune. La fatigue tout doucement commence à se faire ressentir, et tu te demandes déjà ce qu'il adviendra de toi une fois arrivée au camp du Clan de la Rivière. Brume du Matin et son chef prendront-ils la décision de te garder prisonnier ? Ou bien te laisseront-ils disparaître sous la neige, à tout jamais, de l'autre côté du courant ? Quelque soit la décision de ces dirigeants, tu ne broncheras aucunement ; voici ce que te souffles ta sagesse précoce tout droit descendue des âmes et des corps de tes parents, si lointains aujourd'hui.
     Tu aimerais remercier Brume du Matin pour son geste, mais ne sais nullement de quelle manière t'y prendre. Parfois les mots ne suffisent pas, finalement, un cadeau serait peut-être le bienvenu.

« - Petit Héron ! Que fais-tu ici ? Rentre tout de suite au camp ! Et va chercher Rêve de Pluie ! »

     La voix du lieutenant te tires, Vol d'Oiseau, des tes tourments encore embués par la neige et le gel. Le chaton détale sans demander son reste, et que voilà l'odeur du camp de la Rivière qui parvient enfin à tes narines ; à présent, seul un filet d'eau te sépare de ce lieu inconnu.
     Brume du Matin pose sa patte sans hésiter un instant. Il se tient fermement sur les galets glissants, polis par la constance d'un courant sans inquiétude. Tes oreilles frémissent, tu le fixes avec insistance, tes yeux bien ouverts et la queue si haute ; cela pourrait être le présent idéal, tu aimerais le lui demander, ou tous cas.

     Reprenant tes esprits, enfermé dans ton silence, tu continues ta route à ses côtés jusqu'à l'entrée du camp. Et, sous tes beaux yeux bruns, s'étale le camp de la Rivière qui s'anime sous les doux flocons.
     Ta seule présence suffit à attirer vivement les iris hurlantes de ces chats aquatiques et pourtant, Vol d'Oiseau, tu restes de marbre aux côtés de Brume du Matin.

Brume du Matin
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Brume du Matin
 Dim 22 Mai 2022 - 12:41
Finalement, le matou me suivit, résigné ou déterminé. Ou bien épuisé, n’ayant même plus la force d’avoir peur. Des yeux curieux se déposèrent sur nous. Je frémissais, en essayant de me convaincre que ces regards hostiles étaient dirigés à Vol d’Oiseau. Toutefois, trempé, la tête basse, il ne représentait aucune menace.

Dans son antre, derrière un rideau de roseau, Rêve de Pluie nous attendait déjà, levant la truffe à notre arrivée. Un apprenti préparait un nid de roseau supplémentaire. Je guidais Vol d’Oiseau vers le nid déjà prêt, car je le sentais plus ébranlé que moi. Il devait se reposer. Il n’avait rien miaulé depuis un bon moment, et n’avait pas vraiment réagi à l’entrée du camp. Rêve de Pluie repoussa les curieux, y compris la cheffe, en pestant que j’avais besoin de me reposer et que j’aurai tout le temps de faire mon rapport après avoir dormi. Rêve de Pluie passa sa main dans ma fourrure, ce qui me réchauffa, elle inspecta chaque recoin de mon corps. Enfin, elle m’intima de me reposer et de l’appeler en cas de besoin. Un jeune guerrier était posté à l’entrée de son antre, qui gardait un œil vers le guerrier du Clan du Tonnerre. Il était roulé en boule et respirait profondément, signe qu’il dormait déjà. Moi-même, je baillais alors que je m’installais dans le nid. J’étais encore un peu transi de froid. La solitude me mordit la nuque, à l’idée que personne ne viendrait se rouler contre moi, pour me veiller, pour me réchauffer, me rassurer. Je n’eus pas le temps d’observer cette idée que je partis dans un sommeil sans rêve.

Mes paupières se redressèrent difficilement. J’étais encore dans le sommeil, mais mes membres ne semblaient plus me faire souffrir. En ouvrant les yeux, la lumière semblait avoir décliné, mais une brise tiède semblait souffler à travers les branches. En me tournant, je vis Vol d’Oiseau somnolent. Des restes, ou plutôt une petite truite à moitié entamée se trouvait devant son nid. Son odeur me donna l’eau à la gueule. Je n’avais rien mangé depuis hier. Pivotant de l’autre coté, un autre guerrier avait pris la relève. Il miaulait dans la clairière, n’osant pas quitter son poste de garde. Un apprenti, portant un saumon passa le rideau de roseaux afin de me le déposer. Rêve de Pluie travaillait non loin de là, avec ses herbes. Elle devait savoir que j’étais réveillé, mais ne vint pas me déranger. Je m’assis et je dévorai le poisson en quelques instants. Il me revigora suffisamment pour ne pas me donner envie de me rendormir. A la place, je m’occupais de mes bourres de poils séchées, jusqu’à que l’ensemble de ma fourrure redevienne soyeuse comme ce matin.

La nuit tombait, et Vol d’Oiseau s’était éveillé à nouveau, ses yeux plus clairs et plus alertes. Il serait temps qu’il rentre chez lui, alors que le Clan du Tonnerre devait déjà le chercher dans toute la forêt. Je missionnais donc deux guerriers aguerris, chargés d’escorter Vol d’Oiseau jusqu’à son camp, et de raconter les événements de la journée. Tout en changeant quelques détails. J’avais décidé d’oublier cet incident de frontière, et de simplement dire que Vol d’Oiseau était tombé dans la rivière après avoir glissé d’une pierre sur sa propre rive. J’espérais que Vol d’Oiseau comprenne qu’un incident de frontière se soldant par la disparition d’un guerrier ne serait pas une histoire perçue comme un sauvetage, mais comme un enlèvement ou une embuscade. En plus, j’aurai été impliqué personnellement dans cette histoire, ce qui renforcera les tensions. Il fallait faire confiance à Vol d’Oiseau. Mais le mâle ne semblait pas prompt à la bagarre, et se guidait plus avec sa tête plutôt qu’avec ses griffes.

Je le congédiais donc sous les étoiles, les coussinets encore irrités par le sol caillouteux de la rivière. Je restais à regarder la patrouille se diriger vers la rivière, qui clapotait de nouveau.
Vol d'Oiseau
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Vol d'Oiseau
 Mer 8 Juin 2022 - 20:28
     La Lune perlait aux branches des arbres et des roseaux ses ombres funestes. Une bruine fine avait remplacé les flocons, cette nuit là.

     Vol d'Oiseau tu regardes sans un mot Brume du Matin qui, à l'orée de son camp, t'observe tout autant. Il y a comme un accord entre vous, étouffé, tel un songe enfoui s'en allant par-delà les terres du lynx.
     L'imperturbable silence des deux guerriers qui t'accompagnent sont pour toi une bénédiction ; tu n'es pas sur d'avoir retenu leurs noms, mais il s'agit peut-être de Cœur de Lynx et d'Épine d'Or. À tes côtés ils te poussent presque, brisant ton contact avec le lieutenant et son camp. Vous voici parti, entre les herbes hautes et les roseaux des abords de la rivière.

     Pendant un long moment, ils te font marcher le long du cours d'eau jusqu'à ce que vous atteigniez un rang de rocher formant un guet. Qui, à l'autre bout, se termine par la souche morte d'un arbre ancien, de celles qui accueillent en leur sein mille bêtes souterraines et jeunes pousses lors de la belle saison. D'un souffle, tu les remercies de t'avoir raccompagnés ; à ta politesse ils ne répondent qu'un grondement réprimé. Vol d'Oiseau tu n'insistes pas pour obtenir un au revoir plus sympathique, tu as bien conscience de l'animosité naturelle entre vos clans respectifs. Alors, d'un mouvement souple, tu sautes de rochers en rochers et disparais au creux de la souche qui t’héberge le temps d'une halte, à l'abri de la bruine et de la neige qui persiste au sol. Lorsque tu relèves la tête, ils se sont déjà évaporés.
     Vol d'Oiseau, étrange jeune chat, tu repars sans un bruit mais te voilà interrompu ; se glissent au-devant des ombres familières qui te saluent avec un mélange de surprise et de soulagement. Plume de Perroquet est à la tête de cette patrouille de recherche, aux côtés de son apprentie, Masque du Corbeau et Fleur de Volcan.
     La lieutenante te questionne bien vite sur le chemin du retour, un rapport de ta mésaventure, auquel tu réponds avec tes énigmes linguistiques, comme toujours. Mais la vérité s'y cache bel et bien, avec l’omission convenue avec Brume du Matin que l'instinct et la logique t'ont soufflé.

     *

     Un voile fin cache la Lune à son monde de couleurs dévorées. La saison des feuilles nouvelles commence tout juste à faire fondre la neige, cette nuit là.

     Vol d'Oiseau tu te tiens courbé dans le ruisseau qui parcoure la forêt, à la recherche d'une forme exquise ou d'une jolie couleur. Les galets de ton cours d'eau sont moins élégants que ceux que tu as aperçu dans la rivière, mais ils sont parcourus par l'odeur de ton Clan, par la tienne, par ta gratitude.
     Après de longues minutes de vaines recherches, tes yeux se posent sur un faisceau splendide. La Lune s'est libérée de sa geôle nuageuse et l'un de ses rayons brillants s'allongent sur un galet vêtu de bleu, il luit dans tes yeux bruns comme une goutte d'eau d'après la pluie tombant des branches aquatiques, ses milles échos se reflètent en tous sens jusqu'à ce que tu demandes. Mais quelle étoile est descendue te le montrer ?

     *

     Tu cours chat gris et blanc, Vol d'Oiseau tu te démènes pour ne prononcer aucun son le temps de cette excursion. Enfin, tu aperçois le pont de bois qui fait se croiser les territoires de la Rivière, du Vent et du Tonnerre.
     Ici, tu passes un long moment à attendre, ton présent posé à côté de toi. Ton calme est déconcertant, pour quelqu'un qui s'apprête à traverser une nouvelle fois un territoire ennemi. Hélas Vol d'Oiseau, c'est trop important pour toi alors tu espères seulement qu'aucune patrouille ne t’apercevra.
     Le vent de cette nuit douce ne t'amène aucune odeur inquiétante. La patrouille frontalière du Clan du vent est passée, depuis longtemps partie déjà. Tes grandes pattes te relèvent, le galet bleu dans la gueule tu t'élances car le moment semble idéal, ton étoile veille sur toi.

     *

     Vol d'Oiseau te voilà arrivé à l'endroit même où tu es tombé il y a de cela une demi-lune. Tu te souviens très bien, de ces instants où la vie te quittait en douceur, mais c'est Brume du Matin qui t'as sauvé et t'as permis de continuer cette vie si jeune qui est la tienne.
     Jusqu'à maintenant, tu n'as jamais pu lui montrer ta gratitude. Et c'est cette nuit ci que tu as choisis pour la lui démontrer.

     Tu remets le présent, brillant d'un bleu devenu plus profond, aux abords de la falaise. Du bout de ta patte, tu creuses un cercle tout autours et déposes une jeune pousse à ses côtés. Le message est pour toi on ne peut plus clair, tu espères seulement que Brume du Matin le trouvera avant d'autre membre de son clan.
     Quelques secondes encore, tu observes ce galet bleu en te demandant si la Lune seulement est capable de le faire étinceler ainsi.
     Ton regard remonte, se pose dans la cascade et dans le ciel. Vol d'Oiseau, ton cœur se libère d'un poids ; tu as le sentiment de lui avoir rendu ce que tu lui devais.
     Alors, tu prends une grande inspiration et disparais au loin.

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